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Benthochromis
"Etat des lieux "

Eric Genevelle
(mars 2000)
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Vend repro Benthochromis tricoti 120 F pièce, par
lot de 10 : 100 F. Cette petite annonce AFC du mois dAvril
en a piégé plus dun et a créé chez ladhérent propriétaire
du n° de téléphone de lannonce un certain vent de panique.
Non, le Benthochromis tricoti nest pas un poisson qui se reproduit
facilement en aquarium, loin sen faut. A ce jour, jai
eu vent de 3 reproductions en Europe. Jy reviendrai plus tard.
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Tout dabord, faisons un peu la lumière
sur ce genre.
Haplotaxodon tricoti a été décrit par Max Poll
en 1948 à partir de plusieurs populations collectées sur la côte
Ouest du lac.
Le genre Benthochromis a été décrit par Max Poll
en 1986. Il sétait aperçu que tous les spécimens collectés
ne possédaient pas le même patron de coloration. Certains spécimens
possédaient des bandes horizontales, et dautres non. Il attribua
alors cette différence à une notion de race géographique.
Plus tard, en 1984, Poll décida de donner un autre
nom despèce à la race ne possédant pas ces barres verticales.
Celui de Benthochromis melanoides. Cette espèce, dont lholotype
a été collecté à 8 km au large de Kalemie au Congo à une profondeur
comprise entre 70 et 100 mètres, semble être un peu plus courte
(18 cm) que Benthochromis tricoti qui atteint une taille maximale
de 20 cm pour les mâles (holotype collecté à Moba ou à Karema selon
les sources). Elle possède en plus une tache noire sur le dessus
de la tête. On sait très peu de choses sur le melanoides, tant sur
sa répartition, que sur son comportement.
En ce qui concerne Benthochromis tricoti, on en
sait beaucoup plus. Premièrement, on sait que cest un poisson
très cher (ce nest pas le sujet ! Ah bon. Je passe.)
Cette espèce est trouvée sur toutes les côtes du lac à des profondeurs
importantes. Les individus ne se reproduisant pas rôdent dans les
zones rocheuses et intermédiaires entre 50 et 100 mètres de profondeur.
Ce nest que durant la période de reproduction quil est
possible de les collecter à une profondeur denviron 25 mètres
au minimum.
Il semblerait (Konings, 1998) quil y ait
en réalité des races distinctes de Benthochromis tricoti. En effet,
il a observé que les populations de Malasa présentaient des caractéristiques
distinctes des autres populations connues. La race de Malasa ne
présente pas de lignes longitudinales sur le corps et présente lextrémité
de la nageoire anale arrondie (du côté des rayons mous). Toutes
les autres populations présentent une dorsale effilée et des bandes
horizontales. Le mode de reproduction diffère aussi quelque peu
(jy reviendrai). De ces constats, plusieurs hypothèses peuvent
être discutées. La première est que la race de Malasa nest
pas une autre espèce de Benthochromis, tout simplement parce quà
cet endroit, on ne trouve pas les deux formes de tricoti. La seconde
est que cette race nest pas nécessairement une race de
tricoti,
mais pourrait être une forme géographique de melanoides. Cette hypothèse
peut savancer en notant que chez cette race, comme chez le
melanoides, il ny a pas de lignes horizontales sur le corps.
Mais, on pourrait rétorquer que la race de Malasa ne présente pas
de tache sombre sur la tête. Bref, tout est possible.
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Benthochromis tricoti Malasa
Photo Ad Konings

Benthochromis tricoti Chituta
Photo Ad Konings

Benthochromis tricoti
Photo Ken Armke
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Comportement naturel
Sur le plan du comportement naturel dans le lac,
et outre le fait quils vivent à très grande profondeur ( doù
le nom " Benthos " qui signifie " profond "
en Grec), ce poisson établit de relativement grands territoires
lorsquil décide de se reproduire. Ainsi, les nids sont espacés
denviron 10 mètres pour la race classique de tricoti et denviron
5 m pour la race de Malasa. Comme vous pouvez alors le penser, le
nid des deux forme diffère. Ad. Konings a observé que les nids de
la race commune sont situés sur le promontoire de roches plates
alors que ceux de la race de Malasa sont façonnés par les mâles
à même le sable. Il ne sont pas en forme de cuvette, mais en forme
de dôme sablonneux dun diamètre denviron 60 cm.
Les Benthochromis se nourrissent de plancton quils
trouvent dans les eaux libres à proximité des massifs rocheux. Les
mâles défendent un territoire, contrairement aux femelles qui nagent
en groupe. On trouve là, la première raison qui rend difficile leur
collecte. Non seulement la pêche en bouteille au filet est difficile
à de si grandes profondeurs (fatigue, autonomie en air comprimée,
etc), mais les femelles senfuient à la vue des plongeurs.
Il est de plus hors de question de capturer les spécimens à partir
de la surface à laide dun filet de pêche, nos poissons
ne survivant pas à une trop rapide décompression (je reviendrai
plus tard sur ce point).
Et en aquarium, quelles sont les conditions nécessaires
pour maintenir ces poissons ? La première est davoir
du pognon car à un minimum de 750 FF le spécimen pour un groupe
idéal de 5 individus..... mieux vaut passer commande au père noël.
On peux le maintenir en couple, mais, en groupe, cest mieux,
car on multiplie les chances de le reproduire (Nb de spécimens X
0.0001 % de chance = Bonne chance). Pour de ce qui est de la taille
du bac, il est évident quil lui faut de la place pour sépanouir
et surtout pour ne pas subir la pression des colocataires. Il est
intéressant de constater quune des reproductions réussie a
eu lieu dans un bac de 250 litres ! ! ! où le couple
était en unique compagnie de 3 Xenotilapia papilio Tembwe. On peut
raisonnablement penser quun minimum de 500 litres est nécessaire
pour un couple (1000 litres étant lidéal, +, le pied total
pour un groupe). Ces poissons sont assez craintifs et ne doivent
pas être dominés par des espèces virulentes comme des Tropheus (et
des Petrochromis ? ? ?). Ils mettent ainsi quelques
mois avant de se colorer.
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La reproduction
The big problem. Pourquoi narrive t-on pas a
reproduire ce poisson en aquarium ? Cela fait partie des grands
mystères du Tanganyika (comme pour les Neolamprologus sexfasciatus
bleus de Zambie). Mais avant de comprendre pourquoi on narrive
pas à le reproduire, attachons nous à décrire en quelques lignes
son mode de reproduction.
Benthochromis est un incubateur maternel. La femelle
nettoie le site de ponte avant la pariade en elle-même. Lorsque
celle-ci commence, le mâle survole son nid en écartant toutes nageoires
et en incurvant le corps vers le haut. Il ouvre sa bouche en grand
comme sil..... sextasiait... La femelle pond alors les
oeufs un par un et les reprend en bouche en faisant marche arrière
(à limage des Cyphotilapia frontosa). Le mâle continue de
tournoyer puis sapproche du nid et positionne ses orifices
génitaux au contact proche de la femelle qui aspire alors le sperme
en vue de féconder les ufs. Ces ufs sont dun tout
petit diamètre (2 mm) et dépassent rarement la douzaine. Elle se
retire alors pour incuber pendant.... et cest là tout le problème.
Si on observe couramment la phase de reproduction,
on narrive jamais au bout du processus de reproduction sauf
en 3 rares occasions.
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Les réussites :
La première publiée est celle de Paolo Salvagiani
en Italie. La reproduction sest déroulée dans un bac communautaire
de 600 litres. Au bout de 10 jours, la femelle a recraché les alevins
en prenant une bulle dair à la surface en cherchant une paillette
de nourriture. Paolo a remarqué que les sacs vitellins étaient vides ! ! !
Il a alors fait craché la femelle pour récuperer le reste de la
ponte. La grand difficulté fut ensuite de nourrir les alevins, doù
un décès quasi général de la ponte et de celles qui suivirent. Les
alevins rescapés sont auourdhui en pleine forme. Malheureusement
la femelle reproductrice est morte. Vous trouverez le récit complet
de cette aventure sur le site de lAssociation
Italienne des Cichlidophiles ainsi que sur le Cichlid Year book
n°6.
La seconde sest déroulée chez M. André Hoarau
dans un bac de 250 litres avec les X. papilio. Après quelques jours
dincubation, il a nourri avec des paillettes pour voir la
réaction de la femelle. La femelle a alors pris une bulle dair
et craché ses six alevins pour le plus grand plaisir des
Xenotilapia.
Un seul alevin fut pêché à temps. Il survécut dans un bac seul jusqu'à
une taille de 6 cm et les Xénos ont failli terminer en friture.
La dernière réussite eu lieu chez Michel Guillot
avec un couple mature dans un bac non communautaire denviron
500 litres. Le bac était positionné dans un endroit non fréquenté
et seulement éclairé dun petit tube néon de 20 watts. Pas,
sinon peu de roches et quelques plantes pour le principe. Remarque
intéressante, la température de leau était de 24°C, soit assez
proche de la température de leau où vivent ces poissons. Il
y a eu plusieurs incubation avortées au bout de 2 à 5 jours, généralement
en raison dune prise de nourriture. Il est en effet difficile
de se rendre compte quune femelle incube, tant les ufs
sont petits dans sa bouche. Seul un faible mâchonnement est perceptible.
A une occasion, la femelle, restée à jeun, na pas crachée
ses alevins. On a fait craché la femelle au bout de 15 jours pour
trouver 6 jeunes d1 cm, dont deux morts dans la bouche de
la femelle. Ils ont été nourris après quelques jours de
nauplies.
Un an plus tard, les jeunes atteignent la taille denviron
10 cm à lexception dun qui est resté chétif.
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Alevin de 12 jours

Alevin d'un mois

Alevin de trois mois

Alevin de 5 mois
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Plusieurs questions se posent alors. Pourquoi les
femelles crachent-elles leurs alevins à la moindre occasion (bulle
dair) ? Peut-être parce quà la profondeur où ils
vivent, ils ne sont jamais confrontés à cette situation ?
Pourquoi le sac vitellin est-il résorbé après 10
jours chez des alevins d1 cm ? Toby Veall a collecté
dans le lac des femelles qui incubaient des alevins de 2-3 cm. Ils
se nourriraient dans la bouche de la femelle ? Si cest
le cas, comment faire en aquarium ?
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Ceux qui se posent ces questions ont déjà de la
chance car chez 99 % des cichlidophiles qui maintiennent ce poisson
en de bonnes conditions, on na jamais vu la trace dun
alevin. Il est courant dobserver (enfin, relativisons quand
même) des pontes et des débuts dincubation. Cependant, les
femelles crachent ou mangent leurs ufs après quelques jours.
Pourquoi ? Ce nest certainement pas dû à une dégénérescence
des souches !
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On a avancé plusieurs hypothèses pour expliquer
ces échecs consécutifs : La première qui circula fut que les
exportateurs stérilisaient les femelles aux UV afin que les amateurs
ne les reproduisent pas. Ils garderaient ainsi le monopole de la
distribution de ce poisson onéreux (je sens que je vais me faire
incendier par email, ne serait-ce que pour avoir émis cette hypothèse
crapuleuse). La seconde est que les poissons sont remontés trop
rapidement à la surface en ne bénéficiant pas du temps nécessaire
à la décompression de la vessie natatoire. Les organes génitaux
seraient alors comprimés par la vessie, doù altération de
ces derniers. Dans tous ces cas, les ufs nétant pas
viables, ils pourriraient dans la bouche de la femelle lors des
premiers jours dincubation. La dernière est que le
Benthochromis,
il vous .... et que si il se reproduit, cest quand il veut,
et où il veut.
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