Ces Cichlidés dont l'on
ne connait rien
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Lamprologus sp. "Shell Zambie"

Eric Genevelle (mars 2000)

Il était une fois, dans l’immensité bleue du Lac Tanganyika, des petits poissons qui ne se montraient jamais. Ou si peu, que les rares visiteurs occasionnels ayant eut la chance de les rencontrer, avait promis devant Poséidon de ne jamais trahir leur lieux de rencontre ou ce qu’ils s’étaient dit. On en avait bien quelques traces ça et là, dans les archives de quelques obscurs Muséums d’histoire naturel ou dans les reliquats d’importateurs peu attentifs, mais en bref, si peu que l’on vient à se demander s’ils existaient vraiment.

Votre fouineur est donc parti à la recherche de ces espèces, parfois décrites par des auteurs célèbres (qui pourraient également figurer dans les mêmes Muséums), espèces qui à moins d’être un fantastique Marseillais pur souche, ne figureront jamais au sein de votre liste d’espèces maintenues en aquarium.

Voici donc (encore) un article qui ne vous servira à rien, sinon qu’à vous instruire.

Pour commencer voici le très célèbre << Lamprologus >> finalimus. Ce cher ami a été décrit par Nichols et La Monte en 1931 à partir d’un seul spécimen collecté à Uvira au Congo. Depuis, aucun autre spécimen a été observé, que ce soit à Uvira ou dans un autre endroit du Lac. Cette espèce ressemble en tous points au <<Lamprologus >> caudopunctatus, mais présente en plus un liseré noir sur la nageoire anale. J’en voit déjà qui pensent au <<Lamprologus >> leloupi, mais que neni, car chez le leloupi, c’est la caudale qui a un liseré noir. Et de toutes manières, ni le leloupi, ni le caudopunctatus ne vivent dans cet endroit du lac. Un vrai mystère… Heinz Büscher nous précise qu'il a eu l'occasion d'observer une radiographie de l'holotype et qu'il a pu observer que la structure de la colonne vertébrale de cet individu était sans rapport avec celles des caudopunctatus ou leloupi. Elle se rapprocherait plus de celle du Lamprologus callipterus.

Pour continuer, le très fameux Baileychromis centropomoides. Mon dieu qu’il est beau que celui-là. Il a été décrit par Bailey et Stewart en 1977 sous l’ancien taxon Leptochromis centropomoides à partir d’exemplaire collectés à Sumbu et Hore Bay, à 4 km de Mpilungu (Zambie). Ce cichlidé vit entre 40 et 100 m de profondeur. Et c’est tout.

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Poursuivant dans cette voie, évoquons le cas du ô combien célèbre << Lamprologus >> ocellatus ‘’Gold’’. Celui là, tout le monde le connaît. Enfin, vous seriez bien les seuls car personne ne sait exactement où les 4 spécimens portants cette coloration dorée ont été collectés. Ils viendraient selon certaines sources de Nundo en Zambie, mais les collecteurs ont bien gradé leur secret.

Il y a aussi un certain Lamprologus sp ‘’Shell Zambie’’. Toby Veall en a collecté deux spécimens qui sont morts en captivité. Aucune autre info ne sera disponible sur ce poisson avant qu’on ne remette la main dessus. Photo en haut de l'article.

Hans Joachim Herrmann a aussi photographié un cichlidé inconnu de la famille des Ectodini et originaire de Kalambo (frontière Zambie / Tanzanie). Si c’est sans aucun doute possible une nouvelle espèce, on ne voit pas non plus à quel genre il pourrait appartenir.

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Un nouvel Ectodini !!!

Lepidiolamprologus sp. aff. ‘’boulengeri’’ : De loi, on dirait un hybride entre le L. boulengeri et le L. hecqui, mais la stabilité morphologique observée chez tous les spécimens observés tendent à prouver le contraire. Tout ce l’on sait, c’est qu’il existe et que certains en reproduisent. Mais d’où viennent t-il ?, personne ne le sait.

Xenotilapia sp. ‘’Fluorescent green" (photo de gauche) viendrait de Zambie. C’est à coup sûr une nouvelle espèce qui se distingue de Xenotilapia nasus (celui-là aussi, vous n’êtes pas près d’en trouver) par une caudale à lobes arrondis. Heinz Büscher vient d'ailleurs de nous confier qu'en réalité, c'est lui qui a collecté ce poisson au Congo, entre Moba et Lunangwa. Sa taille et son comportement serait semblable à celui observé chez Xenotilapia papilio. La description est en cours mais elle a pris un peu de retard car Heinz préférait attendre celle du nasus pour s'assurer de sa non-synonymie.

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Il y a aussi le Benthochromis melanoides décrit par Poll en 1984 à partir de spécimens collectés à Kalemie au Congo. Il diffère du B. tricoti par son patron de coloration. Mais depuis ce temps, aucun autre spécimen n’a été collecté (ce qui ne prouve pas qu’il n’existe pas). Heinz Büscher (toujours lui, décidément, il n'a pas fini de nous en apprendre) me dit avoir récupéré un spécimen collecté au filet en Tanzanie par 100 mètres de profondeur. Chose intéressante, cette femelle de 19 cm incubait 8 alevins de 4,5 cm de long !!! Une radiographie de ces rejetons montrait qu'ils avaient dans leur estomac des débrits alimentaires et des traces de sable. Celà montrerait que les alevins se nourissent en continuant d'être incubé par leur mère (en dehors ou dans la cavité bucale).

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Holotype de Benthochromis melanoides

Pour continuer dans cette liste, je pourrais vous citer toutes les espèces connues qui vivent par grand fond (Trematocara, Bathybates, etc). Pour ces dernières, on sait qu’à moins de descendre en sous-marin de poche (ce qui n’est pas prévu) on ne pourra jamais connaître avec précision leurs mœurs dans le milieu naturel. A ce sujet, il est important de préciser qu’il est évident qu’il existe d’autres espèces inconnues dans les profondeurs du lac. Vraisemblablement dans des zones supérieures à 60 mètres. Certaines sont cependant remontées par les filets des pêcheurs, mais pas toutes (imaginez un espèce proche de « L.» multifasciatus vivant à 100 m de profondeur. Elle n’est pas prête de remonter à la surface !!!). Au début du siècle, au temps des grands explorateurs (Boulenger & cie), on n’hésitait pas à inventorier la faune à l’aide d’explosifs. Aujourd’hui, les riverains s’en chargent, mais à d’autres fins !!!

Un grand merci à Ad. Konings pour m'avoir permis d'utiliser certaines de ses photos.

 

Tanganyika Cichlids 
http://tanganyika-cichlids.com
Eric Genevelle