La
Phytocénose des eaux du lac Tanganyika
Eric
Genevelle (Juin 2001)

Hydrilla verticillata & Vallisneria sp.
Photo Eric Genevelle
C’est quoi ce truc là, un truc
de taxinomiste qui ne nous sert qu’à nous embrouiller ? Tout juste, vous
allez avoir droit à tout un tas de taxa et sa ribambelle de sp. Et pour parler
de quoi SVP ?
De plantes et autres organismes végétaux
qui peuplent les différents biotopes du lac Tanganyika.
Car dans le lac, il n’y a pas que
des cichlidés. Il y une faune piscicole autre que cichlidèsque, des
mollusques, des oiseaux (enfin, quand ils plongent…), des crabes, des méduses,
du zooplancton, bref, toute une vie animale que l’on nomme la zoocénose.
Si
la zoocénose du lac est présente, c’est grâce à l’ensemble des végétaux
(évolués ou non) qui s’y trouvent. Consommation du CO2, production d’O2,
source alimentaire, site de ponte ou de protection, la phytocénose est
indispensable à l’équilibre du lac. Le peu de plantes présent au fond des
eaux du lac auraient tendance à nous faire penser qu’en dehors des fameuses
awfwuchs présentes sur les rochers à faible profondeur, la vie végétale est
quasi inexistante dans le lac. Il n’en est rien. Des zones entières en sont
couvertes. Rien à voir cependant avec le lac Victoria, ne me faites pas dire ce
que je n’ai pas dit !
De
plus en plus d’aquariophiles cherchent à reproduire le plus fidèlement la
biocénose naturelle de leurs poissons. Ainsi, quelques mollusques, crabes et
autres bestioles commencent à être importées des grands lacs. Les plantes
suivront, si la demande existe. Cela dépend donc de vous.
En avant donc pour ce petit tour
d’horizon de la phytocénose du lac Tanganyika.
La zone rocheuse
Ben là, pas de chance, la phytocénose
est très rare (pas de plantes supérieures) et est composée uniquement de
plantes microscopiques. Ce sont en premier lieu les algues qui forment la
couverture végétale sur les rochers inondés. Parmi ces algues, on trouve
notamment des Chlorophycées du type Cladophora. Ces algues vertes
tapissent de manière continue les blocs rocheux des éboulis ainsi que les
grandes dalles de pierre. Ces algues nécessitent une grande quantité de lumière
et ne sont donc présentes que dans les dix premiers mètres. Ces d’algues
sont consommées par les Tropheus. Il semblerait que la nature minéralogique
des roches intervienne dans la densité de cette couverture végétale que
l’on trouve dans la littérature sous le nom d’awfwuchs.

Awfwuchs
sur la roche et sur un mollusque du lac
Photo Eric Genevelle
En second lieu, la phytocénose est
constituées par les diatomées, algues à coque (ou frustule) siliceuse tant
planctonique que benthique. Ce type d’algue est consommé par les Petrochromis.
Ces végétaux sont des
producteurs, c’est à dire qu’ils sont capables de fabriquer directement de
la matière carbonée à partir des substances minérales (CO2 notamment) et grâce
à la lumière solaire.
Ces végétaux sont donc consommés
par les poissons brouteurs, des gastéropodes et le zooplancton (composé
essentiellement de petits crustacés, larves de mollusques ou d’insectes).
La zone sablonneuse
La phytocénose y est constituée
d’une part par des plantes de grande taille comme les Potamogeton, les Najas,
les Valisneria et les Chara. Sur certaines plages, ces plantes
peuvent former de véritables prairies. Par contre, sur d’autres baies et
plages où le ressac est violent, elles sont au contraire peu nombreuses, ne
pouvant résister à l’arrachage par les mouvements de l’eau.
Elle est d’autre part formée par
le microplancton végétal composé d’algues chlorophycées, dinophycées et
cyanophycées. Comme en milieu rocheux, les algues diatomées tant planctoniques
que benthiques sont abondantes.
La zone vaseuse des estuaires
En raison de la quantité de
matières organiques en décomposition contenue dans les vases apportées par
les rivières, la phytocénose y est plus développée que dans les autres
milieux.
Contrairement à ce que l’on
observe fréquemment en milieu sablonneux, la végétation riveraine se prolonge
souvent jusque dans les eaux du lac, ne laissant pas de cordon littoral.

Photo
Eric Genevelle
Les espèces qui forment cette
bordure végétale sont notamment des Typha, des Carex et des Cyperus
papyrus.
La végétation sous lacustre près
des rives se compose de Chara, Najas, Cératophyllum et Potamogeton.
Toutes ces espèces sont recouvertes d’une couche très touffue d’épiphytes
microscopiques.
Bien évidemment, les algues
planctoniques sont aussi présentes.
La zone pélagique
Le phytoplancton est formé
d’algues et sa constitution varie au cours de l’année. La part la plus
grande est constituée par des Chlorophycées qui représentent 45 à 60% des
espèces. Les autres groupes représentés sont par ordre d’importance les
Cyanophycées, les Diatomées, les Chrysophycées, les Cryptophycées et les Péridiniens.
Le phytoplancton représente une
biomasse relativement faible qui varie au cours de l’année. On a constaté
qu’il est généralement absent de la zone supérieure et qu’il présente
une abondance maximum entre 10 et 20 mètres au moins durant une partie de
l’année.
Les espèces
Phytocénose émergée (plantes supérieures):